A l'approche de cette belle fête familiale, je vous souhaite malgré les temps difficiles une vie douce et débordant d'amour.
Que les malades fixent la petite lumière au bout du tunnel qui les guidera vers la guérison, que les conflits s'appaisent pour privilégier le compromis et que chaque enfant ait un oeil qui brille devant l'étoile de Noël!
Je ne peux résister au plaisir de vous faire relire "Monsieur Delfaut l'assistant du père Noël"
Ce petit texte qui résonne dans mon souvenir comme une contine lointaine revient chaque année pour me rappeler que nous restons d'éternels enfants.
Les brumes de novembre et leur cortège de brouillards alternés de pluies éparses avaient laissé place brusquement à une chute du thermomètre que tout le village saluait avec optimisme.
Le froid sec
de cette soirée d'hiver avait amené contre toute attente, dans la nuit une neige abondante et grasse qui transformait les paysages et créait une atmosphère irréelle.
Déjà dans le petit bourg, on était frappé par le silence, les habitants étaient occupés à allumer la cheminée familiale et ne sortaient pas de chez eux. Sur les toits, des volutes épaisses et
blanches montaient droit vers le ciel en laissant sur la place une odeur de papier brulé, familière en hiver.
Les oiseaux habituellement si bavards le matin restaient cantonnés sous les maigres feuilles des arbres, les plumes gonflées pour se protéger du froid.
Chaudement vêtu, le petit Luc marchait en sautillant dans le chemin qui menait à la ferme avec son bidon de lait. Depuis peu, une grande nouveauté occupait l'enfant, Gérard, un "grand" de l'école
lui avait dit qu’il fallait savoir siffler, c'est donc la bouche en "cul de poule », à moitié pétrifié par le froid qu'il se livrait à l'exercice dans la solitude glaciale de ce matin
d'hiver.
"Tiens mon petit! Attention à pas le renverser, tu diras à ta mère que je passerais cet après-midi pour me faire friser"
Sa mère était
coiffeuse et son salon, véritable carrefour de la communication du village était empli de commères qui caquetaient au milieu d'un tapis de cheveux épars.... elle avait inventé le confessionnal
féminin à défaut du salon littéraire!
Même le lavoir ou se faisaient et se défaisaient habituellement les intrigues les plus improbables était désert en ces temps de grande froidure.
Restait ce fameux salon de coiffure, une pièce de sa modeste demeure dédiée à l'art capillaire. Il était situé en face de la cuisine.
Cette disposition architecturale, laissait tout loisir à la coiffeuse-mère de famille de surveiller sa progéniture, mais aussi de tourner le fricot qui mijotait sur la cuisinière à bois.
La profession de coiffeuse, quelque peu improvisée associée à la culture du potager et à un clapier caché sous la paille, assurait à la petite famille de manger à satiété malgré les
rigueurs de la guerre.
Sur le chemin du retour, dans la solitude de ce petit matin, une question assaillait le commissionnaire.... pourquoi le menuisier avait-il tendu tout au long de sa devanture, sur la place une grande couverture qui ne permettait plus à la marmaille, à la sortie de l'école de le voir travailler à son établi?
Tout ceci était d'autant plus incompréhensible que Monsieur Delfaut aimait les enfants et leur disait toujours quelques mots sur le pas de sa porte.
Arrivé sur la place, Luc se dissimula derrière un arbre. Rapidement, il vit le menuisier comploteur sortir et parler avec le facteur.
Les deux compères se rendirent au café chez Madame Raversot en faisant de grands gestes, le mégot aux lèvres et la moustache jaunie et frisée qui gardait le souvenir de nombreuses situations ou elle avait frisé l'incendie.....
La voie était libre, plus personne sur la place... Luc pénétra dans l'atelier secret faiblement éclairé par un " œil de bœuf " sur le toit.
Ici régnait un ordre et un calme inhabituels; sur les étagères s'alignaient petites voitures automobiles, gros camions de livraison et attelages de bœufs, le tout vernis et peint de couleurs vives.
Sur l'établi d'autres jouets de bois en cours de fabrication semblaient attendre qui une roue, qui un crochet avant de passer en peinture. Rapidement, sans bruit , il sortit, il en savait assez, il était rassuré....
C'était donc çà, Victor lui avait menti! il affirmait du haut de ses six ans que le Père Noël n'existait pas!
"C'est pas possible, comment veux-tu qu'il livre tous les enfants du pays en même temps?.....C'est pas lui, c'est les parents....!! "
Vraiment Victor n'avait rien compris comme d'habitude, il ne comprenait jamais rien ! Le Père Noël existait bien sur, mais comme il était débordé, il faisait faire ses jouets par Monsieur Delfaut qui se cachait avant de les lui livrer.
D'ailleurs comment en ces temps de guerre, les mères aurait-elles pu leur acheter ce superflu?
Il ne dirait son secret à personne... en classe... motus, mais Victor était un beau menteur.....sûr, il n'aurait rien cette année dans son arbre et ce serait bien fait!
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